Allocution de Jean-Paul  BASTIN, orateur pour le cdH à la Fête du Peuple Fouronnais 2011.



Monsieur le Président de l’Action Fouronnaise,

Mesdames, Messieurs les Parlementaires, Bourgmestres, Echevins, Conseillers communaux, provinciaux, de cpas et représentants des partis

Chères Fouronnaises, Chers Fouronnais,

Chers représentants des communes de Blegny et de Stoumont,

Ainsi qu’à vous tous en vos titres et qualités,

 

C’est pour moi la première occasion de prendre la parole au nom du cdH à l’occasion de la 35ème Fête du Peuple Fouronnais. En tant que président d’arrondissement de Verviers et tant que Malmédien, la cause Fouronnaise me tient particulièrement à cœur.  En tant que président d’arrondissement de Verviers, vous comprenez certainement que la proximité géographique induit naturellement cette sensibilité.  En tant que Malmédien, je suis sûr que vous êtes sans doute un peu plus perplexe. Malmedy n’est pas la commune la plus proche des Fourons au sein de l’arrondissement de Verviers.  Malmedy a surtout une caractéristique très spécifique qui un jour je l’espère sera partagée avec les Fourons. Je proviens comme l’on dit des pays rédimés. Cette expression est assez connue et répandue mais peu comprise.

Rédimé, signifie rendu, libéré, affranchi.  Nous avons été rendus à la Belgique. En ce sens-là, je vous souhaite d’un jour pouvoir être rendu à la Province de Liège, affranchi de la Flandre.  En 1815 au moment du traité de Vienne qui suivi la défaite de Napoléon et le redécoupage de l’Europe, Malmedy et Waimes furent « donnés » à la Prusse. A Malmedy, il y avait des tanneries performantes et avec du cuir on fait des bonnes chaussures pour les soldats. C’était le « trinkgeld »  (l’argent de pochet) de l’empereur.  Malmedy-Waimes fut pendant plus d’un siècle la Prusse wallonne. Au début, il y avait peu de tracasseries linguistiques administratives. Il se dit même que l’Empereur était très fier de savoir que dans un coin de son empire, l’on parlait français, cette noble et belle langue.  Les Malmédiens pouvaient continuer à suivre leurs cours en français tout comme les débats et les décisions du conseil communal. En revanche, les choses vont progressivement changer avec l’arrivée au pouvoir du chancelier Bismarck et plus encore avec la guerre franco-prussienne de 1870 et le Kulturkampf, qui va bientôt lui succéder. À partir de ce moment, elle va subir une tentative de germanisation forcée, l’enseignement du français étant interdit dans les écoles au profit de celui de l’allemand. Par ailleurs, interdiction fut faites aux communes du canton de Malmedy de subventionner les cultes, les curés se voyant interdire de prêcher en français (interdiction que certains contourneront en prêchant en wallon).

Pourtant notre ancrage latin et wallon nous a servi de repère pour résister à cette germanisation forcée. C’est par le biais de la culture exprimée dans les sociétés qui existent toujours aujourd’hui ou individuellement ainsi que par la pratique religieuse que l’épuration linguistique ne put avoir lieu.

 

Si je vous raconte cette histoire, c’est parce que je fais mienne cette citation de Winston Churchill disant bienveillamment à son petit-fils  "Apprends tout ce que tu peux au sujet de l'histoire; c'est le seul moyen de tenter de deviner ce qui arrivera à l'avenir."

Je vous souhaite de tout cœur que comme Malmedy vous puissiez un jour être « rédimé » et revenir dans la Province de Liège.  Il est également de notre responsabilité de soutenir votre culture, votre école, vos associations car les soutenir c’est soutenir ce combat juste et permettre d’entretenir l’espoir qu’au détour d’une nième réforme de l’Etat ou d’une scission du pays, la terre de Fourons puisse revenir là d’où elle n’aurait jamais dû partir, la Wallonie.

 

Je mesure par ailleurs que même si proches géographiquement, nous mesurons trop peu vos réalités quotidiennes, les tracasseries incessantes dont les Fouronnais francophones peuvent être victimes au quotidien.

 

Certes, il s’en trouvera même en Wallonie pour minimiser ce genre de tracasseries et les considérer comme négligeables face par exemple à la crise bancaire ou à l’annonce de la fin de la sidérurgie à chaud dans le bassin liégeois. Nous ne pouvons que marquer notre soutien et notre solidarité pour tous ses travailleurs jetés par des décisions arbitraires d’un puissant groupe faisant qui plus est cyniquement des gros bénéfices.  Il y a probablement des Fouronnais qui sont des travailleurs dans la sidérurgie et qui voient qu’on joue avec eux comme avec des pions qu’on jette bas d’un échiquier.

 

Je vous sais particulièrement préoccupés par les temps présents et par des questions d’actualité comme «  Que contiennent les accords  communautaires au profit des Fouronnais francophones ? ».

 

Comme vous nous l’avez demandé, voyons ce qu’il en est concrètement dans les accords et comme vous nous l’avez demandé, je répondrai point par point et précisément aux trois questions posées sans manier la langue de bois, ce n’est pas mon habitude.

 

Si le droit de vote aux élections législatives et européennes pour les Fouronnais à Aubel n’est pas remis en cause, pour autant vos cousins des 6 communes à facilités de la périphérie bruxelloise sont mieux traités puisqu’ils pourront choisir de voter pour les candidats de Bruxelles ou de Hal Vilvorde sans devoir se déplacer hors de leur commune et aussi sans devoir pratiquement dévoiler leur appartenance linguistique ce qui est évidemment intéressant, surtout s’ils sont, comme on dit à Fourons, « de commerce ».

 

En matière judiciaire, rien ne change pour vous et vous pourrez toujours être jugés pénalement à Verviers plutôt qu’à Tongres.

 

En ce qui concerne les matières transférées, le contrôle et l’activation des chômeurs sont régionalisés et cela peut présenter des risques effectifs de tracasseries pour un chômeur francophone fouronnais.  De même, les ALE, l’aide aux personnes handicapées, l’allocation d’aide aux personnes âgées, les allocations familiales sont communautarisées, ce qui peut générer des tracasseries pour obtenir des documents en français.

 

Au niveau des permis de conduire, vous pourrez continuer à obtenir ceux-ci en province de Liège. Ils seront valables chez vous à Fourons aussi. Idem pour le Contrôle technique des véhicules qui pourra toujours se faire en province de Liège.

 

En matière fiscale, plusieurs transferts aux Régions ne devraient pas vous être préjudiciables dans la mesure où les taux en Flandre sont généralement plus avantageux que ceux appliqués en Wallonie.

 

La compétence de la Cour Constitutionnelle en matière de loyauté fédérale sera inscrite dans la loi spéciale, ce qui signifie qu’une entité fédérée pourra saisir celle-ci si, par exemple, la Flandre viole un principe de loyauté fédérale visé à l’article 143 de la Constitution.

 

2. Vous vous inquiétez aussi de ce qu’il adviendra de votre commissaire d’arrondissement.

 

Effectivement, lors du vote de l’annexion des Fourons au Limbourg, le Ministre Gilson avait concédé la création d’un poste de commissaire d’arrondissement adjoint pour les Fourons. En 1988, lors des accords communautaires dits des « Saints Innocents » l’autorité de ce fonctionnaire avait été renforcée en lui attribuant une compétence de médiateur et, respectant la logique de 1962, un Francophone avait été désigné à ce poste. Il s’agit de Monsieur Armel Wynants qui sera pensionné à la fin de cette année.

 

Vous savez sans doute que la Flandre, qui est désormais compétente depuis 2001 pour la nomination des gouverneurs et commissaires d’arrondissement, moyennant un avis conforme du Conseil des Ministres fédéral, avait parfaitement rempli son contrat voici 3 ans en nommant un commissaire d’arrondissement dans chaque poste vacant. Depuis lors, l’actuel ministre des affaires intérieures flamand est issu de la NVA et il a obtenu du gouvernement flamand ce qu’il appelle l’ « uitdoving » des commissaires d’arrondissement, c à d l’extinction de la fonction sans changer le décret qui en prévoit un dans chaque ressort.  Certes 2 ressorts ont déjà été visés par cette nouvelle politique de non-remplacement mais le 3ème, Fourons est quant à lui prévu explicitement dans les lois linguistiques, qui comme chacun sait sont considérées comme « sacrées » en Flandre et même par nos hautes juridictions administratives. On verra si la Flandre honorera ou non son contrat de loyauté fédérale ; sinon, il y aura, pour les instances politiques francophones de quoi examiner juridiquement si le non remplacement du commissaire d’arrondissement adjoint de Fourons par une personne soucieuse de venir en aide aux francophones de Fourons ne constitue pas une violation de la loyauté fédérale susceptible de recours devant la Cour Constitutionnelle, histoire d’étrenner sa nouvelle compétence en matière de loyauté fédérale.

 

 

3. Je terminerai mon intervention par des bonnes nouvelles. Des menaces concrètes semblent ressurgir sur l’école francophone.  Pas plus tard que ce jeudi 13 octobre, le Gouvernement de la Communauté française, sur proposition de la Ministre de l’Enseignement fondamental, Marie-Dominique Simonet a décidé d’assurer l’avenir professionnel aux deux enseignants surnuméraires eu égard au nombre d’élèves actuel et dans le même temps de maintenir la subvention à la même hauteur et ce jusqu’à la fin de la législature communautaire. Cela va permettre au Pouvoir Organisateur de ne plus avoir à prendre en charge la rémunération de ces deux enseignants et de garder la même subvention ce qui devrait résoudre les problèmes de financement.

 

Je vous souhaite à tous une belle fête du Peuple Fouronnais et vous remercie de votre attention.

 

 

 

                                                                  Jean-Paul BASTIN

 

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